Le vrai planning

Le compte à rebours a commencé. Pas de panique. Voici ce qui pourrait bien arriver, en vrai. Lecture qui permettra de se rassurer au moment venu...
1 0 Écrit par Dorothée

J-15 jours. Je décide d’arrêter une date pour l’anniversaire de Félix. Je décide d’en parler à Félix. Je décide qu’il est temps de faire une liste. Je décide qu’il faut trouver des cartons d’invitation.

J-14 jours. Forte de mes décisions de la veille, je commande des cartons d’invitation.

J-13 jours. Je prie pour qu’ils arrivent vite.

J-12 jours. Des mères très organisées distribuent des cartons pour des goûters qui auront lieu dans un mois.

J-12 jours. Toujours. Je m’installe à côté de Félix et nous faisons une liste. Ils seront 15 —15, c’est pas mal, on pourra faire des jeux d’équipe. Je ne sais pas d’où me vient cette idée, j’ai du lire ça quelque part.

J-11 jours. Les cartons sont arrivés. Nous commençons à les remplir. Félix insiste pour les remplir lui-même. Ça va être long.

J-10 jours. Deux soirées pour en venir à bout. Les cartons sont prêts.

J-9 jours. Je commence la distribution des cartons. La maîtresse m’explique qu’il va falloir que je me débrouille toute seule. Elle n’est plus autorisée à faire la distribution en classe. Trop de crises de jalousie, des enfants qui ne comprennent pas pourquoi ils n’ont pas de carton… J’ai comme une montée d’angoisse. Je ne connais aucun des 15 enfants et je ne parle pas des parents.

J-8 jours. Il me reste 10 cartons à distribuer. Sur le chemin de l’école, Félix trouve le moyen d’inviter 3 copains supplémentaires. Ils seront 18. Au secours.

J-7 jours. Nous sommes samedi. Je prends une grande inspiration. Je réfléchis. Je résume : 8 cartons distribués, 18 enfants invités, une météo pourrie, un appartement pas franchement gigantesque, un mari pas franchement disponible, aucune idée de ce que nous allons faire.

J-7 jours. Toujours. Que dit internet ? Ça part dans tous les sens bien qu’ils soient tous d’accord sur la même chose : distribuer les cartons 3 semaines avant, limiter le nombre d’invités à l’âge de l’enfant… Il semblerait que j’ai un peu dérogé aux règles de base.

J-6 jours. Je me reprends en main.

-      Félix, tu aimerais faire quoi pour ton anniv, mon poulet ? 

-      Une fête de pirate avec une chasse au trésor !

-      Ouahhhhh, super !!! Faisons une fête de pirate.

Je me suis peut-être un peu emballée. Pour une fête de pirate, il faut des pirates, des idées bien ordonnées, des trésors et des idées bien ordonnées. Il semblerait que je n’ai que les pirates…

J-5 jours. Je récupère les mails des parents d’élèves. J’envoie un mail groupé. Ils sont tous invités.

J-4 jours. Je décide de faire une pause. Le Mentalist s’impose. Je mentalise. Je rêve de navires, de têtes de mort, de trésors enfouis, d’abordage.

J-3 jours. Je crois que ça me travaille plus que je le laisse entendre. Il faut que je me reprenne. Ce n’est qu’un anniversaire et il y en aura beaucoup d’autres. Je relativise.

J-2 jours. Les courses : des bonbons, des jus, des sodas, des bonbons et des bonbons. Je crois que j’ai tout. Je trouve des dessins de pirate, des cartes au trésor et tout un tas de trucs sur le net. J’imprime, ça pourra toujours servir.

J-1 jour. Je prépare le gâteau de pirate. Je suis un peu sous-douée en cuisine et Félix ne mange pas grand-chose, donc on va faire simple. Un gâteau au chocolat sur lequel je vais recréer une scène de pirates playmobil. C’est pas beau ça ? Je suis super fière de moi. Premier moment d’euphorie ! Je ressors ce que j’ai imprimé la veille. Grand moment de solitude. Il est 23 heures.

 

Le jour J.

7h00. Félix est debout. En pleine forme. Ce n’est absolument pas le cas de tout le monde.

7h05. Félix me demande quand ses copains vont arriver. La journée va être longue.

7h10. Félix découvre son gâteau, il est aux anges. Premier pari réussi. Il décide de décorer l’appartement avec tous ses pirates. C’est parfait, je lui conseille de faire une île, une plage, des attaques de pirates…

7h15. Je dors.

9h30. J’émerge. Le salon est métamorphosé en Fun Park Playmobil. Je suis pas mal en force de persuasion. Maintenant, il va falloir faire un peu de place pour les copains.

10h30. Nous faisons de la place, déplaçons la table basse, gonflons quelques ballons que nous affublons de cache-œil, de moustaches et de balafres. Nous faisons des ballons pirate ! C’est moi qui ait eu cette idée de génie ?

11h. Je cache le trésor de la chasse aux trésors.

11h30. J’ai déjà oublié l’endroit où j’ai caché les trésors. Je recommence en prenant soin de prendre des notes.

12h. J’improvise un buffet autour de mon gâteau. Je ne suis pas en mesure d’installer 18 enfants à table.

12h05. Ils seront 17. Martin a une gastro.

12h07. Ils seront 16. Justine est malade. Pas de détail.

12H08. Vive la vie en collectivité.

12H15. Ils seront 15 : Raoul ne se sent pas très bien. J’exulte !

12h16. Félix accuse le coup : c’est quand-même dommage, sans Martin, ça ne sera pas pareil.

12h30. Déjeuner. Félix ne tient plus en place. Encore deux heures et demie. Je propose un temps calme. Félix me regarde de travers. Je propose une session de « Pirate des Caraïbes ».

13h. Je prépare 15 pochettes cadeaux. Je n’ai pas de pochettes. J’improvise. Des sacs de congélation feront l’affaire.

15h. Ils arrivent. Ils sont grands. Ils prennent beaucoup de place. On s’installe, je me présente. Je me sens investie. Nous allons faire une fête de pirate. Faire deux équipes de pirate.

15H05. Quelques enfants me regardent de travers. Je ne me laisse pas décontenancer. Je suis l’adulte. Je décide. Je sais ce que je fais. Deux équipes, donc. Les « Barberousse » et les « Calico jack ». J’en profite pour leur refaire l’histoire.

15H06. Anaïs, Louison et Léon baillent. Edgar s’excite. Oscar me coupe la parole pour apporter des précisions. Marcel est à deux doigts de déclarer la guerre à Félix car ils ne sont pas d’accord sur la manière de prononcer Jack Sparrow…

15h08. Il est temps de jouer. Deux équipes donc. Pas besoin de les chauffer. Ils sont déjà bouillants.

15H30. On arrête les jeux d’équipe. J’aimerais m’en sortir vivante. Félix n’est pas très bon perdant. Il est en pleurs. Il faut que je trouve un jeu fédérateur.

15h31. J’improvise une mini-boum.

15h32. Je suis bonne en mini-boum !

15h45. Ils sont assoiffés.

15h50. Je tente un facteur.

15h51. Je demande discrètement à mon mari d’installer les bougies. Marcel en profite pour sauter du canapé à la table basse décentrée. J’ai un flash. J’ai oublié d’acheter des bougies.

15h52. Je m’auto-flagelle. Edgar a rejoint Marcel sur le canapé. Ils improvisent une boum. Version pogo.

15h53. Je m’apitoie sur mon sort. Le nombre d’enfants sautant sur le canapé grandit aussi vite que ma panique.

15h54. Mon mari décide de prendre les choses en main. Il m’envoie chez l’épicier chercher des bougies. Je suis soulagée.

16h. J’hésite à rentrer. Je rentre. Ils sont calmes. Ils écoutent religieusement mon mari. J’hallucine. Ils jouent au « téléphone arabe ».

16h10. Goûter. Je les installe par terre en leur disant d’imaginer qu’ils sont sur une plage, sur une île et que comme les pirates, ils fêtent leur victoire, qu’ils répartissent leur trésor, que les boissons coulent à flot, que la musique monte vers la lune… On s’y croirait !

16h30. Chasse au trésor. Je leur raconte une histoire. Encore. Je fais traîner un max. Je leur parle du pirate appelé « La Buse » qui a caché son butin sous le sable d’une île et qui laissa à sa mort un message codé indiquant sa cachette. La magie opère.

17h. Encore une heure.

17h01. Je propose un pictionnary de pirate. Je suis épuisée.

17h15. Je leur propose de chanter des chansons. Réciter des poésies. Raconter une histoire…

17h30. Edgar et Marcel continuent à tester mon canapé et ma patience. Félix boude. Il veut ouvrir ses cadeaux.

17h31. Ouverture des cadeaux. C’est la guerre. Ils veulent tous être les premiers à offrir leur cadeau. Pourquoi ? Félix les ouvre et passe au suivant de manière frénétique. Pourquoi ?

17h45. Je rends les armes. Je les laisse accéder au Saint-Graal : la chambre de Félix.

18h. Les parents arrivent. Je ne leur propose pas de boire un verre. Je vais pas les retenir.

18h01. Certains parents veulent des détails… Je dis qu’ils ont été très sympas. J’ai l’impression qu’ils ne remarquent pas mon rictus.

18h30. Notre appartement est retourné. Je suis épuisée. Je découvre la chambre de Félix. J’hésite à désespérer ou à me coucher tout de suite. Je black-liste Edgar et Marcel. Je suis épuisée. Je m’endors au milieu des confettis et des papiers cadeaux.

J+2. J’emmène Félix à l’école. Pourquoi les enfants me regardent de travers ? Ils me sautent dessus. Ils me disent que c‘était génial, que je suis trop sympa, qu’ils adoreraient revenir à la maison. J’exulte. Je suis trop forte !

Ces articles sont pour vous :

Remonter vers le haut
Remonter vers le haut